Accueil / Actualités / Rencontre avec Jérôme Félix, scénariste de la BD Arsène Lupin !
Un rêve de gosse. Depuis plus de vingt ans, Jérôme Félix souhaitait adapter les aventures d’Arsène Lupin en bande dessinée. Après de nombreuses batailles, le projet a finalement été mené à bien avec L’Aiguille creuse, parue en 2018 dans sa Normandie natale. Le plus grand des voleurs revient cette fois dans une adaptation très libre de l’épisode ésotérique La Barre-y-va, réputé inadaptable, mâtiné d’un duel avec le célébrissime Sherlock Holmes.
 
Qu’est-ce qui vous a intéressé dans cette histoire d’Arsène Lupin ?
Jérôme Félix : La Barre-y-va est à Arsène Lupin ce que Le Chien des Baskerville est à Sherlock Holmes : les meilleures histoires de Maurice Leblanc et Arthur Conan Doyle ! Ces deux récits plongent très rapidement dans le fantastique avant que l’énigme ne connaisse une résolution rationnelle. Ici, on parle d’un alchimiste dont le fantôme apparaît à la façon d’un récit d’épouvante Belle Époque. Alors que dans le roman de Maurice Leblanc, l’explication se trouve à la fin, je pose les jalons pour que le lecteur tente de trouver la solution avant Arsène Lupin, un peu à la manière d’Agatha Christie. D’ailleurs, Agatha Christie s’est quelque peu inspirée des procédés de Maurice Leblanc.
 
Votre adaptation reste-t-elle fidèle au livre de Maurice Leblanc ?
Jérôme Félix : Je n’ai finalement gardé que 20 % de ce roman écrit il y a plus de cent ans, donc un peu daté malgré le génie de l’intrigue. J’ai dû adapter le rythme à une narration en bande dessinée, qui, il me semble, permet d’insuffler de la modernité sans toucher au texte. Avec Alain Janolle, le dessinateur, nous avons travaillé ensemble à un récit très «cut » avec de courtes scènes, des enchaînements rapides. J’ai surtout essayé de garder l’esprit du roman, à défaut de conserver la trame exacte de l’histoire. J’ai donc demandé à l’association des Amis d’Arsène Lupin de relire le scénario afin d’être certain de ne jamais dénaturer le personnage. J’ai aussi pioché, çà et là, des tournures désuètes pour dater le récit et surtout quelques dialogues savoureux. Car Maurice Leblanc a inventé la punchline ! C’est un dialoguiste hors pair avec un sens exceptionnel de la répartie.
 
Quelle est la place d'Arsène Lupin dans la litérature française ?
Jérôme Félix : N’est-ce pas le plus grand personnage de la littérature française ? Le capitaine Némo, D’Artagnan, Mandrin, Vidocq sont tous des héros populaires capables de passer les époques et de se réinventer… Mais Arsène Lupin règne sans partage. Peu de gens ont lu ses aventures, mais tout le monde le connaît. Avec Arsène Lupin, Maurice Leblanc a, en outre, inventé deux genres : le récit de superhéros et le polar ésotérique. Comme un Da Vinci Code avant l’heure, ces histoires plongent les lecteurs dans quelques mystères oubliés de l’histoire de France ou dans des codes secrets à déchiffrer, les bases du récit ésotérique.
 
Qu’est-ce qui vous a attiré dans la confrontation Lupin-Holmes ?
Jérôme Félix : Nous voulions faire référence aux duels de superhéros. Mais en allant plus loin, car ces récits Marvel ou DC Comics restent souvent décevants : tout débute par un quiproquo, ensuite, une fois réconciliés, les superhéros vont se battre ensemble contre un ennemi commun. Je préférais imaginer le dernier duel de deux superdétectives, où il n’y aurait qu’un seul vainqueur. Cet affrontement va également permettre d’apprendre un secret sur Holmes et Lupin, un élément inventé, mais qui respecte à la lettre les canons lupiniens et holmesiens, afin de permettre aux amateurs une nouvelle lecture des histoires préexistantes.
 
Pour vous, Arsène Lupin est donc à ranger dans la catégorie superhéros !
Jérôme Félix : Je pense même qu’Arsène Lupin est le premier superhéros de l’histoire. Il porte un costume, possède le superpouvoir de se déguiser en n’importe qui. Il se montre super agile et super intelligent. Sherlock Holmes aussi respecte les codes du superhéros : on le sait surdoué et il porte un costume reconnaissable entre mille.
 
À travers cet affrontement, n’avez-vous pas peur de froisser les fans de Sherlock Holmes, ici clairement peu sympathique ?
Jérôme Félix : Les grands héros ne meurent jamais. Et si les fans de Sherlock Holmes vont détester découvrir sa cruauté, la méchanceté que je lui ai insufflée, je respecte néanmoins à la lettre les dates et les informations données par Arthur Conan Doyle. De son côté, Arsène Lupin est tombé dans le domaine public, de nombreux auteurs peuvent désormais enrichir sa mythologie, à la manière de la légende entretenue autour de Sherlock Holmes. Réinventer ces personnages me semble passionnant. Cela permet de les faire accéder à l’éternité, comme le fait Omar Sy dans l’adaptation de Netflix qui ajoute la notion de lutte des classes dans le récit lupinien. On pourrait aussi voir Arsène Lupin comme un « anonymous », un anarchiste qui vole les riches un peu voyous, certes, mais pas un Robin des bois, non plus. Il possède ce côté superhéros Marvel, avec une face sombre malgré un code d’honneur fort. Cela rend le personnage infiniment moderne. Alain Janolle, amateur de comics, mais aussi de Sherlock Holmes, m’a d’ailleurs bien aiguillé.
 
Vous n’en êtes pas à votre première collaboration avec Alain Janolle et Delf…
Jérôme Félix : Je suis vraiment touché que l’une des cinq meilleures coloristes actuelles ait accepté de participer à ce projet. Delf a su créer une atmosphère propre au récit, une sorte de douceur mélancolique automnale, saison totalement nécessaire à la résolution de l’intrigue. Alain Janolle, avec qui je viens de publier Ces petits riens qui changent tout, a tout de suite été enthousiaste pour ce projet. Nous sommes d’ailleurs allés séjourner ensemble dans ce manoir normand pour nous imprégner de l’ambiance. Alain a su apporter un côté dynamique au personnage tout en conservant une narration franco-belge, plus grand public. Ensemble, nous devrions continuer à imaginer d’autres aventures lupiniennes. Pourquoi pas un autre duel, comme Lupin contre Fantômas ? Je rêverais aussi d’écrire un Lupin contre Irene Adler, venue de l’univers de Sherlock Holmes. Comme James Bond, son attrait pour les femmes constitue son point faible, cela pourrait être passionnant… et drôle !

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